Le cinéma et la littérature (surtout la romance classique et l’érotisme de consommation) ont souvent confondu « désir » et « conquête », créant des angles morts dangereux.

Le « Non » qui veut dire « Oui » ou La Persistance Romantisée

C’est sans doute le préjugé le plus tenace : l’idée qu’un refus initial est une invitation à être plus entreprenant.

 Le cliché : Un personnage dit non, l’autre insiste, et finit par être « récompensé » par un baiser ou plus.

 Le problème : Cela véhicule l’idée que le consentement est une barrière à franchir plutôt qu’un accord à construire. Cela nie la souveraineté de la personne qui s’exprime.

Un « Non » est un point final, pas un point de suspension. Si la personne qui a dit “non” change d’avis, ce sera à elle d’aller vers l’autre pour l’en informer.

Le « Consentement par Défaut » ou L’Absence de Parole

Au cinéma, la scène intime ou érotique commence souvent sans un mot, dans une sorte de télépathie du désir.

Le cliché : Les partenaires savent « instinctivement » ce que l’autre veut sans jamais demander.

Le problème : Cela stigmatise la communication verbale comme étant « tueuse d’ambiance » (mood-killer). Cela laisse entendre que si l’on doit demander, c’est que la magie n’est pas là.

Le Souffle et l’Éveil a été créé pour montrer que la communication (verbale ou muette comme avec des codes de pression) est au contraire le sommet de l’intimité.

La « Capture » de l’Initiative (Préjugé Sexiste)

Le cinéma renforce souvent des rôles de genre binaires : l’homme est le « chasseur » (actif) et la femme est la « proie » (passive/réceptive).

Le cliché : L’initiative masculine est vue comme une preuve de virilité, tandis que l’initiative féminine est soit absente, soit présentée comme manipulatrice.

Le problème : Cela crée une pression sur les hommes (qui doivent performer l’initiative) et une dépossession pour les femmes (qui attendent d’être choisies).

Raconter chaque histoire à travers différents reflets permet de ne plus voir l’initiative comme appartenant à un seul genre.

L’Oubli de la Réversibilité

Beaucoup de récits s’arrêtent au moment où l’acte commence, comme si le consentement donné au début était un contrat irrévocable jusqu’à la fin.

Le cliché : Une fois que les vêtements sont tombés, il n’y a plus de retour en arrière possible dans le scénario.

Le problème : Cela occulte le fait qu’on peut changer d’avis à tout instant, même en plein milieu d’un geste. Accepter un geste ne signifie pas qu’on l’acceptera à chaque fois, ni qu’on accepte les autres gestes.

Le consentement est un « Souffle » continu, il doit être renouvelé à chaque nouvelle étape de l’éventail.

L’Alcool comme « Désinhibiteur » Romantique

Le cliché : La scène de baiser ou de sexe qui fait suite à une soirée trop arrosée, présentée comme une libération des sentiments cachés.

Le problème : C’est une violation directe de la capacité à consentir. L’inconscient n’est pas « plus vrai » sous alcool, il est juste vulnérable.

Pas de navigation sans ciel dégagé. Pour consentir, il faut être pleinement conscient.